La fable du pêcheur

Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. L’américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.

“Pas très longtemps”, répond le mexicain.

“Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ?” demande l’Américain. Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.

L’américain demande alors :  “Mais que faites-vous le reste du temps ?”

“Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie”.

L’américain l’interrompt : “J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.”

Le mexicain demande alors :  “Combien de temps cela prendrait-il ?”

“15 à 20 ans”, répond le banquier américain.

“Et après ?”

“Après, c’est là que ça devient intéressant”, répond l’américain en riant.

“Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions”.

“Des millions ? Mais après ?”

“Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.” »

***

À méditer

***

Une chanson également utilise cette fable comme parole. À regarder ici : https://www.youtube.com/watch?v=8jtA-uYv5Aw

Tout passe.

Mais tout ne disparait pas.

J’emprunte le titre du livre de Nicole Bordeleau parce qu’il résume en toute simplicité une réalité universelle. Tout passe; nos émotions comme la tristesse, la peur, l’euphorie et même le bonheur quoique, lui, on aimerait le figer comme une fondation de la vie. Tout passe. Les gens aussi. Moi qui carbure aux nouvelles relations, je trouve parfois difficile de laisser aller les gens qui ont fait partie de mon quotidien pendant un temps. En 2025, j’ai découvert une autre forme de départ dans ma vie; le deuil. Celui-ci m’a appris que Tout passe, mais que tout ne disparait pas. Cette expérience m’a guidé dans les séparations de chemins qui ont suivi dans ma vie.

Ce que je vis maintenant n’est pas nécessairement ce que je vivrai demain. Ma maman m’a dit ça lorsque je suis partie marcher seule le chemin de Compostelle. Elle me prévenait que si le soir après ma longue marche, j’anticipais déjà ma journée suivante, j’allais considérablement brûler de l’énergie pour rien parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Elle avait raison et l’exercice m’a bien servie puisque c’est ainsi dans toutes les sphères de nos vies. Considérant que Tout passe, demain est un mystère. La seule chose qui est réelle, c’est le moment présent. Ainsi, s’accrocher au passé est une souffrance aussi vaine qu’anticiper le futur. Cette réalité, aussi évidente soit-elle, demande un constant recadrage pour certaines personnes, dont moi.

Les départs que je n’ai pas choisi qui ont frappé dans ma vie m’ont appris que chaque rencontre nous apporte quelque chose qui peut être temporaire ou permanent. Tout passe, mais tout ne disparait pas. Certaines personnes restent physiquement dans notre quotidien tandis que d’autres restent autrement. Leurs départs physiques ne marquent pas leurs départs dans notre esprit. Elles quittent notre vie tout en y laissant une marque qui, elle, sera permanente. Cela pourrait être un cadeau ou un apprentissage, mais dans tous les cas, chaque rencontre nous apporte quelque chose.

Vice-versa. Nous laissons également une trace dans la vie des gens. En prendre conscience nous donne peut-être la responsabilité d’en prendre soin. Peu importe la durée de notre passage dans la vie de l’autre, une rencontre peut laisser une empreinte qui dépasse largement le temps passé ensemble. Parce que la valeur d’une présence ne se mesure pas à sa durée, mais à ce qu’elle laisse derrière elle.

Pour moi, lorsque je pense à Tout passe et que j’essaie de le matérialiser pour bien l’intégrer, je regarde le ciel et cela devient d’une pure évidence. Le soleil ira inévitablement se coucher, la nuit étoilée sera bientôt dissimulée par le levé du jour, le nuage passera, la pluie passera. Lorsqu’on se retrouve sous un ciel gris, on sait très bien que le ciel nous offrira tôt ou tard un autre jour de soleil parce que, Tout passe.

Aimer, c’est risquer le rejet. Vivre, c’est risquer de mourir. Espérer c’est risquer le désespoir. Essayer c’est risquer l’échec. Risquer est une nécessité. Seul celui qui ose risquer est vraiment libre.’’ Paulo Coelho