L’idée m’est apparue comme ça après avoir raconté un récit de voyage à une amie. J’ai parlé de ce que j’avais aimé de mon voyage et comme si, inconsciemment, je devais aussi lui dire que rien n’est parfait, j’ai enchaîné sur ce qui a été difficile. Au final, rien de ce qui n’était pas parfait n’a fait ombrage sur mon voyage et pourtant, j’ai délibérément abordé le sujet. Après coup, j’avais le sentiment que ce n’était pas le message que je voulais livrer sur mon expérience.
En élargissant la réflexion, j’ai réalisé que que cette routine se dissimule ailleurs dans mon quotidien, mais aussi dans celui que j’observe autour de moi.
Existe-t-il un film célèbre dont le déroulement n’est que succès et bonheur? Un roman? Une chanson? En y réfléchissant bien, même dans les œuvres d’art les plus iconiques, on y retrouve la coexistence entre le bonheur et la mélancolie. Comme si nous faisions davantage confiance à une émotion lorsqu’elle admet sa contradiction.

Besoin d’appartenance
Je devine que cette habitude d’équilibrer les bons et moins bons moments vient de notre besoin d’appartenance. Une personne juste heureuse pourrait être percu comme désillusionné ou bohème ou prétentieuse ou même nonchalante, alors qu’on se reconnait davantage en quelqu’un qui traverse des difficultés »comme nous ».
Besoin de reconnaissance.
(Histoire fictive) Si je vous dis que j’ai monté le Kilimandjaro dans une splendide fenêtre climatique, sans embûche et sans difficulté, versus si je vous dis que c’était l’épreuve la plus difficile jamais réalisé et que j’ai pensé abandonner, mais que j’ai persévéré… Le mérite qu’on m’attribuera ne sera pas le même. Comprenez moi bien, je ne dis pas qu’on s’invente des difficultés pour être intéressant, mais plutôt que notre façon de raconter notre histoire livre parfois un message sous-jacent.
Est-il possible qu’il nous soit difficile d’assumer le positif de nos vies sans lui chercher une contrepartie?
Besoin de validation de la souffrance
Dans le cas d’une rupture amoureuse, c’est difficile à surmonter, car cela touche aussi à l’identité de la personne. Démontrer qu’on est heureux dans un moment aussi déstabilisant pourrait être perçu comme une trahison par sois même ou les autres. La souffrance et la mélancolie agissent comme preuve de notre loyauté et parfois même comme un témoignage d’amour.
Sur une note plus personnelle, en 2024, j’ai eu un souci de santé. Tout mon entourage savait ce que je traversais et bien que mon esprit fût constamment tourmenté, j’ai aussi vécu un rétablissement en douceur accompagné d’un soutien admirable. J’avais cependant une retenue à le partager ou pire encore, à aller en public parce que montrer une facette de moi heureuse allait ‘’trahir ‘’ mon sentiment prédominant qui était; la peur. Voyez-vous le cercle vicieux? À force de vouloir rester fidèle à ma peur, j’ai parfois caché mon rétablissement. Comme si le fait d’aller mieux risquait de nier ce que j’étais en train de vivre.
Alors, la question n’est peut-être pas : ‘’ Est-ce que je vais bien? ’’ mais plutôt: ’’Ai-je le droit d’aller bien? ’’.
Maintenant que je l’ai vu, je ne peux plus ne plus le voir. Je serai plus attentive aux messages que je laisse derrière moi et à mes réels besoins sous-jacents. Mieux comprendre cela me permettra aussi de mieux comprendre les autres et agir davantage en pleine conscience.
L’être humain est une formidable machine à déchiffrer.