No Escape

Saviez-vous qu’en juillet 2014 une étude intitulé « Just Think: The Challenges of the Disengaged Mind » menée par des chercheurs des universités de Virginia et de Harvard, a démontré que 67 % des hommes et 25 % des femmes de leur étude, préféraient s’administrer volontairement une décharge électrique plutôt que de rester seuls avec leurs pensées ? ¹

 Face au vide, le cerveau perçoit l’inaction et le silence comme si inconfortable qu’une stimulation négative (la douleur d’un choc électrique) devient préférable à l’absence totale de stimulation.

Je m’intéressais déjà aux impacts de la surstimulation sur notre comportement alors cette étude a été très révélatrice pour moi. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’a poussé à faire ce voyage sur le chemin de Compostelle. Mon défi serait (entre autres) de ne pas succomber à la surstimulation pendant 2 semaines. En toute franchise, je pensais que j’allais trouver l’exercice plus facile qu’il ne l’a été. Alerte à la surstimulation et pratiquant sporadiquement la méditation et le breathwork, je pensais avoir une certaine maîtrise sur mon cerveau face à l’attention unitaire.

Avant de vous parler de mon expérience, je vous invite à vous poser la question sur votre propre relation avec la surstimulation. À quel moment, dans une journée typique, faites-vous face à l’ennui? À quel moment, vous ne faites rien d’autres que vivre le moment présent, sans musique dans les oreilles, sans téléphone au bout des doigts, sans télévision, écran, livre, enfant à surveiller, etc.? Vous pourriez vous défendre en évoquant le manque de temps. Pourtant, dans l’étude que je mentionnais plus tôt, ces résultats troublants n’apparaissent pas après des heures d’ennui…mais après seulement 15 minutes. Alors, pour ceux qui croient manquer de temps, je vous rassure : au début vous ne tiendrez probablement même pas 15 minutes. Aussi bien commencer par 4 ou 5 minutes et vous verrez ce qui se cache à l’intérieur de vous lorsque vous prenez le temps de vous écouter. Parce que sans stimulation externe, il ne reste que vous à écouter et ça, on préfère l’éviter plus souvent qu’autrement.

Dans un prochain article il me fera plaisir de vous partager quelques-unes de mes initiatives pour contrer la surstimulation.

Tel que mentionné en début d’article, malgré ma conscience de la difficulté du cerveau à faire face aux simples stimulations comme marcher toute la journée, j’anticipais que j’allais simplement apprécier vivre dans le moment présent. Il se trouve que malgré cela, il m’est arrivé à certains moments, de faire face à des pensées ruminantes que dans la vie quotidienne, j’aurais rapidement évité à grand coup de ‘’ride de vélo’’, visite à l’écurie, livre audio dans les oreilles, sortie au resto avec les amis, petit verre de vino, etc. Je le fais pour me sentir bien à nouveau et GUESS WHAT: ça marche! Ce qui fonctionne, c’est que j’ai évité de penser à ce qui me rend inconfortable ou une situation pour laquelle je n’ai pas de solution en étourdissant mon esprit ailleurs.

Sur le chemin, je n’avais rien d’autres que la splendide nature autour de moi pour me distraire et ce n’était guère suffisant malgré ma gratitude pour toute cette beauté. C’est ce qui fait que certains jours ont été vraiment difficile. C’était une lutte mentale, parfois pendant plus de 6 heures, pour choisir de laisser aller les situations pour lesquels je n’ai pas de contrôle et affronter les autres situations ou je peux changer le cours des choses, sans échappatoire cette fois-ci. Cela aurait été si facile de vous partager une belle photo instagram de mon parcours et me faire consoler par le soutient de mes followers, mais le défi était là : vivre, affronter et surmonter l’adversité seule, sans distraction.

Disclaimer : Nul besoin d’être en crise existentielle pour vivre des pensées ruminantes. Ne serait-ce que le jour ou j’ai manqué de nourriture et que pendant 3 heures, je ne faisais que penser à trouver à manger et m’auto analyser à savoir si j’étais en train de bunker, alors que pas du tout. C’est aussi pour des banalités de la vie quotidienne que nous choisissons de nous échapper.

Vous le savez peut-être si on s’est parlé de vive-voix depuis mon retour, cette expérience a été extrêmement positive et je suis si heureuse de m’être écouté et de l’avoir finalement fait ce voyage, pour moi. J’ai été 100% moi-même et j’ai vécu des moments de PUR bonheurs, mais aussi les défis que ce type de voyage peut apporter lorsqu’on se retrouve face à soi et je vous les partage ici en toute transparence.

Ne voyez pas cela comme une cible inatteignable. Chaque petites actions ou prise de conscience de vos comportements d’évitement, vous rapprocheront de vous-même. Se connaître est probablement le cadeau le plus précieux que vous puissiez vous offrir.

¹ Wilson, T. D., Reinhard, D. A., Westgate, E. C., Gilbert, D. T., Ellerbeck, N., Cheryan, C., Wright, A. M., & Vazquez, J. F. (2014). Just think: The challenges of the disengaged mind. Science, 345(6192), 75-77. https://doi.org/10.1126/science.1250830

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